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L’intervention française au Mali entre dans une nouvelle phase, une phase plus longue et sans doute encore plus difficile que la première.
Il y a trois semaines, l’armée française a dû intervenir en urgence, à la demande du Président du Mali et avec le soutien complet des Nations Unies pour arrêter les groupes armés qui se dirigeaient vers Bamako. Ces groupes contrôlaient déjà le nord du Mali, où ils faisaient régner la violence, l’arbitraire et l’intolérance la plus sauvage. En plus de leur idéologie fanatique, ils participent activement à divers trafics, notamment de drogue et d’êtres humains. Sans la rapidité de notre réaction et l’efficacité de nos troupes, aujourd’hui, l’Etat malien n’existerait plus et ce pays serait devenu un sanctuaire permettant aux terroristes de s’organiser pour venir frapper l’Europe.
En trois semaines, l’armée française, aux côtés de l’armée malienne et désormais d’autres troupes africaines, a repris les principales villes du pays. La rapidité des progrès ne doit pas conduire à sous-estimer la menace que ces groupes continuent de faire peser. Pour obtenir ces succès, la France a dû déployer plus de 3 500 combattants et des moyens aériens et blindés. Des coups très durs ont été portés aux djihadistes, mais la menace est loin d’avoir été totalement éliminée et les défis pour l’avenir sont très importants.
1) Il faut maintenir la sécurité et la confier aux Maliens et aux Africains
Il faut d’abord maintenir la sécurité et la confier aussi vite que possible aux Maliens eux-mêmes avec l’aide d’autres pays africains. Le Président de la République, François Hollande, a dit en fin de semaine dernière à Bamako que « la France restera aussi longtemps que nécessaire », mais il a également été très clair sur le fait que la France n’a pas vocation à rester en première ligne.
Avant même l’accélération des événements du début de l’année, les Nations Unies avaient autorisé le déploiement de troupes africaines en soutien aux Maliens. Ces troupes arrivent désormais sur place. Elles comptent plus de 3000 soldats venant de 7 pays. Des renforts continuent d’arriver. Les pays qui les envoient figurent pour certains parmi les plus pauvres du monde. Il est évident que la communauté internationale doit apporter une aide, soit sous forme de matériel, soit financière, comme le fera l’Union européenne.
Il faut aussi aider l’armée malienne à se restructurer et à se rééquiper. L’Union européenne prépare l’envoi de formateurs, en tout près de 450 hommes dont une unité de protection.
La Suède, fidèle à sa tradition d’engagement international, participe à tous ces efforts : elle aidera les forces africaines à se déployer, à travers du transport stratégique, et participera à la mission européenne de formation. Il faut se préparer à poursuivre ces efforts dans la durée car il est évident que la situation ne sera pas stabilisée avant un certain temps. Toutes les formes d’aide sont les bienvenues.
2) Il faut encourager la paix et pour cela il faut reconstruire l’Etat malien
Une solution durable passe surtout par la réconciliation au Mali, ce qui prendra encore plus de temps et nécessitera le soutien de la communauté internationale.
Ce qu’il faut, immédiatement, c’est tout faire pour éviter de rentrer dans le cycle des vengeances et des exactions. La France a demandé aux Nations Unies de déployer le plus vite possible une mission d’observateurs des droits de l’homme. Sur place, les forces françaises sont prêtes à aider ce déploiement, dans la mesure de leurs moyens.
Ensuite il faut engager un processus qui permette des élections et un dialogue avec toutes les communautés et les groupes qui ne sont pas terroristes et reconnaissent l’intégrité du Mali. Le Parlement malien a adopté le 29 janvier une feuille de route précise, avec un calendrier, et le Président malien a déclaré que des élections auraient lieu au plus tard le 31 juillet.
Enfin il faut que l’Etat Malien, son administration, recommencent à fonctionner dans les zones auparavant contrôlées par les groupes terroristes.
Tout ceci ne se fera pas sans le soutien de la communauté internationale. Un soutien politique bien sûr, mais aussi un soutien financier. L’Union Européenne doit reprendre au plus vite son aide au développement, gelée après la tentative de coup d’Etat du printemps. Nous espérons que les États membres, et notamment la Suède, le feront également. Bien sûr, le Mali est l’un des pays où l’aide au développement est difficile à mettre en œuvre : comment s’assurer que les fonds seront correctement employés ? Comment lutter contre la corruption ? Il est évidemment important de faire preuve de vigilance. Mais, veut-on venir en aide à un État fragilisé ou le laisser se transformer en État failli ?
La Suède fait partie des quelques pays qui ont une Ambassade à Bamako. Cette présence est très utile. Le Mali a besoin de la présence et de l’aide du plus grand nombre possible. La cause du Mali est aussi la nôtre. C’est une affaire de solidarité et c’est aussi notre intérêt, celui de la France, celui de la Suède car, comme la prise d’otage en Algérie l’a montré, nous sommes tous des cibles aux yeux des criminels terroristes.
Jean-Pierre Lacroix